Posté le 1 avril 2008 par Georges Pérez

»  [... Je suis né dans un monde assez simple. En 1972, il y avait les "bons" et les "méchants", qui pouvaient être les communistes ou les autres, selon qui parlait... La division était incontournable, et libre à chacun de choisir son camp. Aujourd'hui, se définir est plus complexe. Si certains jeunes se complaisent dans les références d'hier, d'autres tentent de se construire en fonction des nouveaux enjeux réels et globaux: dérèglement climatique, corruption, lutte contre la pauvreté, manque d'eau, atteinte à la biodiversité...
[...] Toujours plus nombreux, ces jeunes ne se reconnaissent pas dans les modèles du passé, qu’ils considèrent inadapté à leur réalité. A l’inverse de la génération 68, qui reste la référence en matière d’alternative idéologique, cette génération est apparemment intégrée, plutôt diplômée et de milieux sociaux favorisés. Ses membres adoptent des codes vestimentaires et linguistiques identiques à ceux de leurs voisins plus « classiques» . Mais leur comportement n’est normal qu’en apparence. Ils rechignent à suivre le parcours de leurs parents, leurs carrières dans une grande entreprise, avec confort et grosse voiture. Et pourtant, ils travaillent dur. Ils ont rarement la carte d’un parti politique, et pourtant sont engagés jusqu’au cou dans l’emergence d’une nouvelle vision du monde. Ils dénoncent l’approche soixante-huitarde pour son inefficacité, et ne peuvent concevoir leur engagement autrement que comme contributif à la société, d’une façon concrète, efficace et mesurable.

Mathieu et Sylvain sont, à mon sens, de ceux-là. [...] Le premier fait le bouquet de tout jeune diplômé: de l’énergie, de la volonté, de l’ambition. [...] Leur projet est un pur fruit de cette nouvelle forme d’engagement: un état d’esprit associant idéalisme et pragmatisme. Une volonté de résultat et d’impact, mais pas dans n’importe quelle direction.

[...] BeCitizen, a été pensée comme un outil pour infléchir, par ses activités, les sociétés vers un développement plus durable. La vingtaine de collaborateurs [...] partagent tous un même souci de résultat concret, pour un impact global positif. Sans être encore vraiment connue, BeCitizen reçoit déjà plusieurs dizaines de CV par semaine. Des jeunes ultra-diplômés, certains débutant et d’autres plus expérimentés, qui hier auraient postulé dans les plus grands groupes, et aujourd’hui rejettent ces structures pour leur manque de sens, ou ne les conçoivent que comme un passage obligé pour rendre efficace leur engagement suivant… Ils privilégient le sens de l’action au statut de la fonction. Ils veulent désormais réussir leur vie plutôt que « dans la vie» .

Peut être ces jeunes ont-ils aujourd’hui conscience de leur condition de privilégiés, en tant que riches (appartenant au sixième de la planète consommant 80% des ressources mondiales), éduqués et libres (citoyens d’un état de droit et démocratique). Ils perçoivent que cette situation confortable les rend responsables face à ceux qui ne bénéficient pas de ces avantages. En effet, concernant les cinq sixièmes restant: Comment penser à l’avenir quand le quotidien n’est pas assuré? Quand l’absence d’éducation exclut? Quand même penser est un délit ?

La révolution Internet accentue cette prise de conscience générationnelle. Polyglotte et connectée, cette génération se sent plus que jamais reliée à la planète entière. La baisse récente des coûts de transport lui a permis, à vingt-cinq ans, de voyager – et donc d’observer – davantage que la génération précédente en toute une vie. Confrontant ses préoccupations à celles de l’autre, elle est plus que jamais consciente des enjeux sociaux et environnementaux auxquels elle devra, rapidement, trouver des réponses. De plus en plus de jeunes se savent coresponsables de leur avenir commun – « embarqués dans le même bateau»  – et cherchent à agir. En outre, ils ont conscience que l’Etat ne permet plus seul de répondre à ces nouveaux enjeux. [...] … je reste marqué à vie par le décalage entre la crise du sang contaminé et la lenteur politique à y faire face. Je suis depuis convaincu que la complexité des nouvelles crises rend caduque toute tentative de résolution exclusivement venue d’en haut, et pousse au contraire à leur résolution par l’implication de tous. Cette nouvelle génération se prend en charge, ayant réalisé précocemment que nos aînés ont trop à faire pour maintenir leur privilèges. Eux veulent s’occuper du monde dans lequel vont vivre leurs enfants. C’est pourquoi, collectivement, nous devons contribuer à inventer et adopter des solutions innovantes pour répondre aux nouveaux défis sociaux et environnementaux, et ce en tant que citoyen, actionnaire, consommateur, institutionnel, militant et entrepreneur.

C’est ce que Sylvain et Mathieu ont décidé de nous prouver en partant autour du monde à la rencontre d’hommes et de femmes qui agissent, inventent, sensibilisent, créent, informent, construisent des solutions viables. Les personnages présentés ici sont des passionnés, des entrepreneurs qui ont pris conscience des enjeux et décidé de ne pas subir, mais d’agir. [...]… un message d’optimisme qui prouve par exemple qu’il est possible d’imaginer des solutions différentes et aussi efficaces, aussi confortables, aussi rentables – et tellement plus durables, plus respectueuses de l’homme et de son environnement.

Puisse-t-il vous convaincre qu’un autre monde est possible, et vous inciter à agir dans ce sens, en vous inspirant des solutions décrites ici mais surtout en commençant à imaginer les vôtres… ] » 

Extrait de la préface de « 80 hommes pour changer le monde»  de Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux, écrite par Maximilien Rouer fondateur et président de BeCitizen.

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